Termes d'un scénario : INT, EXT, CUT TO et format
Quand vous lisez un scénario professionnel pour la première fois, vous rencontrez immédiatement un vocabulaire spécifique — INT., EXT., CUT TO, FADE IN, V.O., O.S. — qui peut sembler obscur mais qui obéit à une logique simple et universelle.
Le format du scénario n'est pas une convention arbitraire. C'est le langage standard de toute l'industrie cinématographique, télévisuelle et scénaristique — partagé par les scénaristes, les réalisateurs, les producteurs et les directeurs de casting du monde entier.
Dans cet article, découvrez les termes techniques essentiels d'un scénario, leur signification et leur utilisation — avec des exemples concrets pour comprendre le format professionnel dès vos premières pages.
Pourquoi le format d'un scénario est important
Le format d'un scénario n'est pas qu'une question d'esthétique. Il remplit des fonctions pratiques précises :
- La lisibilité pour toute l'équipe — un réalisateur, un directeur de casting ou un producteur doit pouvoir lire un scénario rapidement. Le format standardisé leur permet de repérer instantanément les scènes, les personnages et les transitions.
- L'estimation du temps de tournage — la convention standard veut qu'une page de scénario corresponde approximativement à une minute de film. Un scénario de 100 pages = film d'environ 100 minutes.
- La crédibilité professionnelle — soumettre un scénario mal formaté à un producteur ou un festival signale immédiatement un manque d'expérience.
Maîtriser le format, c'est parler la même langue que toute l'industrie dès la première page.
Les éléments fondamentaux du format scénario
Un scénario professionnel repose sur des éléments visuels récurrents, toujours placés au même endroit sur la page.
La police standard est le Courier 12pt — une police à espacement fixe qui garantit la correspondance une page = une minute.
Les marges standard :
- Marge gauche : 3,5 cm
- Marge droite : 2,5 cm
- Marge haute et basse : 2,5 cm
- Le dialogue est indenté vers le centre
Ces paramètres sont automatiquement gérés par les logiciels de scénario comme Final Draft, Celtx ou WriterDuet.
Ne tentez pas de recréer le format manuellement. Utilisez un logiciel dédié — ça vous évitera des heures de mise en page.
INT. et EXT. — les en-têtes de scène (sluglines)
Chaque scène d'un scénario commence par une slugline — l'en-tête de scène — écrite en majuscules. Elle indique trois informations en une ligne :
- INT. ou EXT. — intérieur (INT.) ou extérieur (EXT.)
- Le lieu — précis et reconnaissable
- Le moment — JOUR, NUIT, SOIR, AUBE, CONTINU
Exemples :
INT. APPARTEMENT DE MARIE — NUIT
EXT. RUE SAINT-ANTOINE — JOUR
INT. VOITURE EN MOUVEMENT — CONTINU
Le mot CONTINU indique que la scène suit immédiatement la précédente sans ellipse temporelle.
Dans certains cas, on trouve aussi :
- INT./EXT. — une scène qui se déroule des deux côtés d'une fenêtre ou d'une voiture
- INT. VOITURE — EN MOUVEMENT — pour préciser le déplacement
La slugline est le repère de navigation de toute l'équipe de production. Soyez précis et cohérent — le même lieu doit toujours avoir exactement la même slugline.
La description d'action (action lines)
Après la slugline vient la description d'action — aussi appelée "action lines" ou "didascalies". C'est ici que vous décrivez ce qui se passe dans la scène : les personnages, leurs mouvements, les objets importants, l'atmosphère.
Règles essentielles des action lines :
- Présent de l'indicatif — toujours. "Marie entre dans la pièce", pas "Marie entra dans la pièce".
- Ce qui peut être vu ou entendu — un scénario décrit uniquement ce qui est perceptible à l'écran. Pas les pensées, pas ce qu'un personnage a vécu il y a dix ans, sauf si ça se traduit visuellement.
- Concision — les blocs de description ne dépassent généralement pas 4 à 5 lignes. Un pavé de texte dans un scénario est difficile à lire rapidement.
- Majuscules à la première apparition — chaque personnage est introduit en majuscules la première fois qu'il apparaît dans la description : MARIE, 30 ans, entre dans la pièce.
Décrivez ce que la caméra voit — pas ce que vous imaginez dans votre tête.
Le nom de personnage et le dialogue
Quand un personnage parle, son nom apparaît centré sur la page, en majuscules, au-dessus de sa réplique.
Exemple :
MARIE
Tu n'aurais pas dû venir.
THOMAS
Je n'avais pas le choix.
Éléments supplémentaires liés au dialogue :
- La parenthèse (ou wryly) —
indication de jeu entre le nom
et la réplique, entre parenthèses.
À utiliser avec parcimonie :
(ironique),(murmurant). Les bons comédiens n'en ont généralement pas besoin. - V.O. (Voice Over) — une voix hors champ qui ne vient pas d'un personnage présent dans la scène. Souvent utilisé pour la narration.
- O.S. (Off Screen) — un personnage présent dans la scène mais pas visible à l'écran à ce moment.
La mise en forme du dialogue est stricte — ne l'improvisez pas. Un logiciel la gère automatiquement.
Les transitions — CUT TO, FADE IN, FADE OUT
Les transitions indiquent comment on passe d'une scène à l'autre. Dans le scénario professionnel contemporain, elles sont utilisées avec parcimonie — le passage entre scènes est implicite et les transitions ne sont spécifiées que quand elles ont un sens narratif précis.
FADE IN :
Ouverture progressive depuis le noir.
Utilisé généralement au début d'un scénario
ou au début d'un acte.
FADE OUT.
Fermeture progressive vers le noir.
Utilisé à la fin du scénario
ou à la fin d'un acte.
CUT TO :
Coupe franche d'une scène à l'autre.
Techniquement le montage par défaut —
à ce titre, CUT TO est rarement écrit
dans les scénarios modernes
(il est implicite entre chaque scène).
SMASH CUT TO :
Coupe abrupte et intentionnelle,
souvent pour un effet de surprise ou de choc.
Utilisée pour son effet dramatique spécifique.
MATCH CUT TO :
Coupe qui raccorde visuellement
ou thématiquement deux scènes —
un objet similaire, un mouvement identique.
DISSOLVE TO :
Fondu enchaîné entre deux scènes —
souvent utilisé pour indiquer
un passage de temps ou un lien thématique fort.
INTERCUT AVEC / INTERCUT WITH :
Indique un montage alterné
entre deux lieux —
typiquement une scène de conversation téléphonique.
N'utilisez les transitions que quand elles ont un sens narratif précis. Les transitions purement techniques sont implicites — inutile de les écrire.
Les autres termes courants à connaître
ANGLE SUR / CLOSE ON :
Indique un resserrement sur un élément précis —
un objet, un visage, un détail.
À utiliser avec modération :
les scénaristes professionnels
laissent généralement les choix de cadrage
au réalisateur.
POV (Point Of View) :
La caméra adopte le point de vue subjectif
d'un personnage —
on voit ce qu'il voit.
INSERT :
Coupe sur un élément précis —
un message texte, une lettre, un journal.
Suivi de RETOUR À LA SCÈNE
pour signaler le retour au plan général.
SÉRIE DE PLANS :
Indique une séquence de scènes courtes
qui se succèdent rapidement —
souvent utilisé pour une ellipse temporelle
ou une montage séquence.
MÊME SCÈNE :
Indique que le décor ne change pas
mais qu'on revient à la scène
après un insert ou un POV.
FIN :
Indiqué centré à la dernière page
du scénario.
Apprendre ces termes, c'est apprendre à communiquer avec une équipe entière à travers votre texte.
Un exemple de page formatée
FADE IN :
INT. APPARTEMENT DE MARIE — NUIT
La pièce est plongée dans l'obscurité.
Seule une lampe de bureau éclaire une table
couverte de papiers.
MARIE (34 ans, les yeux cernés)
fixe une lettre qu'elle tient à deux mains.
Ses lèvres bougent légèrement,
comme si elle la lisait pour la dixième fois.
On frappe à la porte.
Marie ne bouge pas.
VOIX (O.S.)
Marie. Je sais que tu es là.
Marie plie la lettre lentement
et la glisse dans sa poche.
CUT TO :
EXT. RUE EN BAS DE L'IMMEUBLE — CONTINU
THOMAS (40 ans, manteau trempé de pluie)
regarde vers la fenêtre allumée au troisième étage.
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Conclusion
Le vocabulaire technique du scénario peut sembler intimidant au premier abord — mais il se maîtrise rapidement, et sa logique est toujours au service de la clarté et de la communication.
INT. et EXT. ancrent chaque scène dans un espace et un temps. Les transitions donnent le rythme. La mise en forme du dialogue identifie instantanément qui parle et comment. Ensemble, ces conventions permettent à un scénario d'être lu, compris et visualisé par toute une équipe de production.
Apprenez le langage — et votre histoire sera entendue bien avant d'être tournée.
FAQ — Questions fréquentes sur les termes et le format d'un scénario
1. Faut-il obligatoirement utiliser un logiciel de scénario ?
Non — mais c'est fortement recommandé. Des logiciels comme Final Draft, Celtx (gratuit), WriterDuet ou Highland 2 automatisent entièrement la mise en page : indentations, police, marges, formatage des sluglines et des dialogues. Tenter de recréer ce format manuellement dans Word ou Google Docs est possible mais fastidieux et source d'erreurs. Les logiciels dédiés vous permettent de vous concentrer sur l'écriture.
2. Doit-on écrire CUT TO entre chaque scène ?
Non — dans le scénario professionnel contemporain, CUT TO entre les scènes est implicite et n'est généralement pas écrit. On passe directement d'une slugline à l'autre. CUT TO se réserve aux moments où la coupe a une intention narrative précise — ou à la fin d'un acte pour signaler une rupture nette. SMASH CUT, MATCH CUT et DISSOLVE sont utilisés pour leurs effets spécifiques.
3. Quelle est la différence entre V.O. et O.S. ?
V.O. (Voice Over) désigne une voix qui ne provient pas de l'espace physique de la scène — narration hors champ, voix intérieure, commentaire d'un personnage dans le futur. O.S. (Off Screen) désigne la voix d'un personnage physiquement présent dans la scène mais hors cadre — il parle depuis une autre pièce, de dos, ou hors du plan actuel. La distinction est subtile mais importante pour la direction des acteurs et du son.
4. Comment numéroter les scènes dans un scénario ?
La numérotation des scènes n'est généralement pas présente dans les premières versions d'un scénario — elle est ajoutée lors du "script de production", quand le tournage est planifié. À ce stade, chaque scène reçoit un numéro qui permet à l'équipe de production de planifier le planning de tournage. Pour un scénario de développement ou de présentation, la numérotation est optionnelle.
5. Peut-on utiliser des indications de caméra dans un scénario ?
Techniquement oui — mais c'est déconseillé dans un scénario de développement. Les indications de caméra (GROS PLAN, PLONGÉE, PANORAMIQUE) sont considérées comme intrusives car elles empiètent sur le travail du réalisateur. Les scénaristes professionnels les évitent généralement, sauf quand un cadrage précis est indispensable à la compréhension narrative. Faites confiance au langage — une bonne description d'action implique souvent le cadrage sans avoir besoin de l'écrire.